Le Pôle scientifique de l’Institut Français de Norvège met en place une veille scientifique pour vous informer des actualités du monde de la recherche et de l’éducation supérieure en Norvège.

Arctique

  • Le printemps, période critique pour les espèces et écosystèmes arctique. The Nansen Legacy Project Blog – 27 avril 2021.

Le projet de recherche Nansen Legacy regroupe environ 280 experts de dix instituts de recherche norvégiens, voyageant près de 350 jours en mer de 2018 à 2022, dans le but d’étudier l’évolution rapide du climat et de l’écosystème marin au nord de la mer de Barents et dans le bassin arctique.

La campagne saisonnière actuelle, dirigée par Martin Ludvigsen (NTNU) et Philipp Assmy (NPI), compte à son bord 34 scientifiques. Ils étudieront les processus chimiques qui affectent la vie et les processus biologiques des hautes latitudes.

Les travaux de recherche menés durant l’expédition devront permettre de conclure sur la période printanière en Arctique, fenêtre de temps importante durant laquelle une grande partie de la production primaire annuelle est générée.

La production saisonnière du phytoplancton et des algues au printemps est une composante essentielle du réseau trophique marin de l’Arctique, de sorte que tout changement dans leur calendrier, leur ampleur et leur composition aura un impact sur le reste de l’écosystème. Cette région particulièrement vulnérable de la planète occupe un rôle majeur dans le climat global et est précurseur des changements climatiques mondiaux.

Référence : https://sciencenorway.no/blog-environment-nansen-legacy-project-blog/spring-a-biologically-critical-time-window-in-the-arctic/1851123

Photographie au microscope d’une production printanière en Arctique (Arctic spring bloom) dominée par des Diatomées. (Photo: Philip Assmy)

 

 

  • Une nouvelle méthode pour cartographier et monitorer les populations envahissantes de l’archipel du Svalbard. Norwegian Institute for Nature Research (NINA) – 25 mars 2021

L’apparition d’espèces exotiques est une problématique majeure (affectant ?) des écosystèmes polaires terrestres et une menace pour la biodiversité. L’augmentation de l’activité humaine en Arctique, combinée avec le réchauffement climatique global, accroît la probabilité que des populations exogènes d’origine anthropique soient introduites puis s’établissent dans les régions polaires.

Une équipe de chercheurs, dont l’écologue Jesamine Bartlett du Département Biodiversité terrestre à l’institut NINA, a publié un rapport à la British Ecological Society sur les espèces de plantes vasculaires envahissantes au Svalbard, en Extrême-Arctique. Le document scientifique comporte un relevé des espèces introduites répertoriées. Les chercheurs présentent également une méthode de suivi systématique par la cartographie régulière des habitats des différentes populations végétales envahissantes, à l’aide de véhicules aériens autonomes.

“Spread the word – and not the seeds!”

Actuellement, aucune mesure n’a été mise en place dans les régions polaires pour éviter l’introduction de populations exotiques par les visiteurs. En tant que voyageur responsable, vous pouvez vous référer aux campagnes d’information de Stop Arctic Aliens et Polar Alien Hunters, pour éviter de devenir à votre tour un des vecteurs du problème.

Plus d’information : https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/2688-8319.12056

 

  • OpenPolar, un service de libre accès aux données scientifiques et aux publications sur le thème de l’Arctique et de l’Antarctique. The Arctic University of Norway et the Norwegian Polar Institute.

Les régions polaires sont les premières affectées par le réchauffement climatique global. Rétroactivement, les changements rapides qui y ont lieu impactent l’ensemble de la planète. Les recherches scientifiques visent à améliorer la compréhension des processus qui interagissent entre l’atmosphère, les glaciers, l’océan et les fonds marins dans les régions polaires.

Les données scientifiques jouent un rôle clé dans la surveillance et la prévision des phénomènes naturels, y compris les changements en Arctique et en Antarctique. Cependant, environ 60% des données sur la recherche polaire ne peuvent pas être trouvées via les moteurs de recherche courants. En sciences sociales, cet écart atteint les 80%.

Le projet de plateforme OpenPolar est une base de données mondiale dédiée à la recherche polaire, regroupant les données et les publications scientifiques de manière homogène, transparente, et en libre accès.

Open Polar sera lancé à l’été 2021. Une version beta peut déjà être testée : https://openpolar.no/ Celle-ci regroupe, en Février 2021, près de 1.6 millions de documents au total.

Plus d’information sur le projet : https://site.uit.no/open-polar/

 

 

Climat

  • La géo-ingénierie et ses conséquences sur le cycle du carbone et la végétation terrestre. NORCE Norwegian Research Institute, Bjerknes Centre for Climate Research et Norwegian University of Science and Technology – 11 mars 2021

Nous pourrions injecter dans l’atmosphère des particules qui reflètent la lumière du soleil ou fertiliser les algues pour qu’elles poussent et absorbent plus de CO2. Nous pourrions libérer des minéraux qui réagissent avec le CO2 ou capturer le gaz directement dans l’air.

Voici quelques-unes des techniques de géo-ingénierie suggérées pour atténuer l’augmentation anthropique de la température globale.

Hanna Lee, biochimiste au centre Bjerknes pour la recherche sur le climat et au NORCE, est l’auteur principale d’une nouvelle étude publiée au journal scientifique Earth System Dynamics (ESD). Les travaux portent sur l’analyse des conséquences possibles de la géo-ingénierie sur l’écosystème végétal terrestre, par rapport à d’autres méthodes pour atténuer le changement climatique.

Selon cette étude, la géo-ingénierie permet d’élever le taux de croissance de la végétation terrestre. Cependant, la géo-ingénierie ne peut pas remplacer d’autres mesures d’atténuation. Les experts démontrent ainsi que la conservation des forêts dans le monde permettra de stocker une plus grande quantité de carbone.

Plus d’information : https://esd.copernicus.org/articles/12/313/2021/

 

  • Le changement climatique induit des mouvements de population globaux chez les espèces marines. Nord University – 13 avril 2021

Un article scientifique publié dans la revue académique américaine PNAS par une équipe de chercheurs internationale a étudié les données de distribution géographiques de plus de 48 000 espèces et démontrent que la biodiversité marine a été impactée par le réchauffement climatique à l’échelle mondiale. Des études antérieures avaient déjà prévu de tels effets, à des échelles plus petites.

La diversité alpha a diminué autour de l’équateur, notamment chez les espèces pélagiques, et augmenté en zone subtropicale depuis les années 1950. Les experts concluent que le réchauffement climatique a pour conséquence une diminution de la richesse spécifique des espèces marines, plus prononcée autour de l’équateur.

D’après le professeur Mark John Costello de la Faculté Biosciences et Aquaculture à la Nord University et co-auteur de ce rapport :

« Chez de plus en plus d’espèces tropicales, on observe que leur aire de répartition géographique se déplace vers l’hémisphère nord à cause du réchauffement des océans autour de l’équateur »

Récifs tropicaux naturels. Le Pr. Mark John Costello dans la réserve marine de Raja Ampat en Papouasie occidentale, Indonésie.

Plus d’information : https://www.pnas.org/content/118/15/e2015094118

 

 

Energie et Innovation

  • Projet Free2Heat : Développer la première pompe à chaleur au monde permettant des températures jusqu’à 180°C. SINTEF, NTNU, Torcicle – 28 avril 2021.

Environ un cinquième des industries en Europe nécessite des températures situées entre 100 et 180°C. Les chercheurs de la SINTEF et de la NTNU, en partenariat avec le fabricant norvégien de pompes et compresseurs Tocircle, ont développé la première pompe à chaleur délivrant des températures allant jusqu’à 180°C. Une telle technologie représente, pour le secteur industriel, l’opportunité de réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie.

Chercheur à la SINTEF et contact du projet d’innovation, Michael Bantle déclare ainsi :

« Ces températures records permettront à 20% des industries européennes de réduire leur consommation d’énergie jusqu’à 70%, pour atteindre la neutralité carbone. »

Le projet Free2Heat, financé par le conseil norvégien de la recherche, a été lancé en 2019 et se poursuit jusqu’en 2024. Il est dérivé d’un projet similaire réussi entre les chercheurs de la SINTEF et l’entreprise laitière coopérative en Norvège TINE. Les travaux se déroulent au centre de recherche HighEFF de la SINTEF.

Plus d’information : https://norwegianscitechnews.com/2021/04/developing-the-worlds-hottest-heat-pump-ever/

 La pompe à chaleur en action aux locaux de TTocircle à Glomfjord, localité du comté du Nordland. L’installation réutilise le surplus de chaleur et peut atteindre des températures de 180°C. Photo: ToCircle Industries AS.

 

 

 

Neurosciences et Innovation

  • Neuropixels 2.0 : nouvelle technologie prometteuse pour les neuroscientifiques. Institut Kavli pour la neuroscience, NTNU – 16 avril 2021.

Une équipe de chercheurs internationale, dont font partie trois experts de l’institut Kavli, a publié dans la revue scientifique Sciences les résultats du projet de développement et des tests de Neuropixels 2.0, un nouvel outil d’enregistrement électrophysiologique.

Neuropixels 2.0 est une sonde cérébrale haute densité miniaturisée. Elle est constituée de plusieurs rangs de petits microphones. Ceux-ci peuvent écouter les communications entre des milliers de cellules cérébrales d’une aire donnée, sur des échelles de temps allant de quelques millisecondes à plusieurs mois. Les microphones enregistrent les signaux neuronaux issus des régions du cerveau d’où proviennent nos capacités intellectuelles telles que l’apprentissage et la mémoire.

Les chercheurs norvégiens Richard Gardner, Edvard Moser et Abraham Zelalem Vollan de l’institut Kavli à Trondheim ont participé au projet conjoint international. Le professeur Edvard Moser est le directeur fondateur de l’institut Kavli pour la neuroscience et le colauréat du prix Nobel de physiologie ou de médecine 2014.

Plus d’information : https://science.sciencemag.org/content/372/6539/eabf4588

Richard Gardner, Edvard Moser and Abraham Zelalem Vollan. Photo: Rita Elmkvist-Nilsen/Kavli Institute for Systems Neuroscience

 

 

COVID-19 et Recherche

  • Le médicament norvégien Bemcentinib pour le traitement des patients de la Covid-19. Société pharmaceutique Bergenbio – 19 mai 2021.

Le Bemcentinib, développé par la société biopharmaceutique norvégienne Bergenbio pour le traitement des cancers résistants, fait partie des médicaments qui ont été soumis à des essais cliniques dans le traitement de la Covid-19.

Le Bemcentinib est un inhibiteur de la protéine kinase AXL. Cette protéine kinase joue un rôle important en cas de défaillance du système immunitaire. Les données de recherche sur la Covid-19 ont démontré que la protéine AXL peut entrainer une aggravation de l’infection et une augmentation de la survie du virus dans les cellules hôtes. En effet, la protéine kinase AXL agit comme un corécepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2, ou ACE2, auquel la protéine S du SARS-CoV-2 se fixe pour pénétrer la cellule hôte.

La société Bergenbio a publié les résultats de ses essais cliniques. Les experts ont constaté que le médicament augmente le taux de survie sans ventilateur ou « Ventilatory free-days » chez plus de 50% des patients atteints de la Covid-19. De plus, un nombre moins important de décès a été observé parmi les patients ayant reçus le traitement au Bemcentinib et les soins standards.

D’après le Professeur Tom Wilkinson, responsable du programme ACCORD, l’apparition de nouvelles souches potentiellement résistantes aux vaccins du virus SARS-CoV-2 n’affectera pas le mécanisme d’action du Bemcentinib.

Plus d’information : https://sciencenorway.no/covid19/norwegian-drug-may-increase-ventilator-free-survival-in-hospitalized-covid-19-patients/1861910

 

 

Sciences sociales – Politique et coopération internationale

  • Gestion des crises de réputation par l’Etat : théoriser l’endiguement comme mode diplomatique. Institut norvégien des affaires internationales NUPI – 21 avril 2021.

Une étude des chercheurs norvégien Kristin Haugevik (NUPI) et Pr. Cecilie B. Neumann (OsloMet), parue dans la revue académique European Journal of International Relations, s’intéresse à la façon dont les États, notamment les diplomates, font face à la critique internationale.

Lorsque les Etats et leurs dirigeants font face à des critiques internationales qui peuvent nuire à la réputation de leur pays, les politiques utilisent l’une des trois stratégies suivantes : la reconnaissance, le rejet, ou la réplique. D’après l’étude de Haugevik et Neumann, les diplomates, cependant, adoptent souvent une quatrième approche.

Cette approche consiste à écouter et contenir la critique, sans la rejeter ou la reconnaitre. Haugevik et Neumann caractérisent ainsi la stratégie utilisée par les diplomates d’endiguement ou « containing ».

L’article scientifique intitulé Reputation crisis management and the state: Theorising containment as diplomatic mode est disponible à l’adresse suivante : https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/13540661211008213

 

  • Coopération Russe-Norvégienne pour bloquer la propagation d’espèces exotiques dans l’Arctique. Institut norvégien pour la recherche sur la nature NINA – 1 mai 2021

Cette année, une vaste campagne est lancée dans le nord-ouest de la Russie pour empêcher la propagation d’espèces exogènes dans les régions russes de l’Arctique. Les scientifiques, qui craignent que les graines, insectes et parasites s’établissent dans les régions vulnérables polaires demandent aux voyageurs d’agir. Cette campagne est lancée à la suite d’un projet pilote testé sur les visiteurs au Svalbard en 2018-2019.

L’institut norvégien NINA dirige la campagne globale, en coopération avec le ministère de l’Agriculture et des Forêt en Finlande ainsi que l’Agence suédoise de protection de l’environnement. Pour le lancement en Russie, le parc national de l’Arctique russe est le partenaire central et le ministère norvégien du climat et de l’environnement finance les opérations dans le cadre du programme de coopération avec la Russie.

Le principal message transmis aux visiteurs des régions arctiques est de brosser, aspirer et laver les vêtements, les chaussures, et les bagages avant de commencer leur voyage.

Une partie importante de la campagne consiste en un film d’animation de deux minutes, sous-titré en 13 langues différentes et un site internet.

(Animation: Klipp og lim, entreprise basée à Trondheim et auteur du court-métrage)

Le court-métrage : https://www.youtube.com/watch?v=JOMn4DWdFG0  
Le site associé : https://stoparcticaliens.com/default_ru.html?lang=ru
Plus d’information sur l’article : https://partner.sciencenorway.no/arctic-biodiversity-environment/norwegian-russian-cooperation-aims-to-stop-the-spread-of-alien-species-to-the-arctic/1852724