Le festival Oslo Pix est un festival de cinéma à Oslo qui a vu le jour en 2017. À la fois grand public, tout en abordant des thématiques militantes et incitants au débat, nous célébrons cette année leur 5e édition. Partenaire de ce projet depuis leur début, à travers la sélection française « Pix Rendez-vous », l’Institut français de Norvège est heureux d’interviewer aujourd’hui Johanne Svendsen Rognlien, programmatrice en cheffe de l’édition 2021.

 

> Quel a été le point de départ lors de la création du festival ?

 

Oslo Pix est organisé par Festivalkontoret, l’Agence des festivals d’Oslo, qui organise également les festivals Arab Film Days et Films from the South – deux autres festivals de films en Norvège. La première édition d’Oslo Pix a eu lieu en 2017, et le festival a été créé dans le but d’établir un nouveau festival dans la capitale, qui se concentrerait sur son public, en combinant des films et des événements de manière innovante. Le festival met en avant le meilleur du cinéma contemporain autour du monde : des grandes productions d’Hollywood aux films indépendants, en passant par les films d’art et d’essai expérimentaux et révolutionnaires, ainsi que les petits trésors qui vous resteront en tête longtemps après avoir quitté la salle.

 

> Comment trouvez-vous le bon équilibre entre ouverture au grand public et mise en avant de sujets sociétaux importants et spécifiques ?

 

Je pense que notre public est tout d’abord intéressé par des films de qualités – que cela soit de la fiction ou des documentaires. C’est donc notre priorité numéro une lorsque nous créons la programmation. Heureusement, nombreux sont les films de qualités qui attirent le public tout en mettant en avant des questions importantes sur notre société actuelle. Généralement donc, je ne pense pas que l’un prenne le dessus sur l’autre lorsque nous faisons la programmation. Nous nous posons plutôt la question de ce que nous allons faire autour du film et le cadre dans lequel nous souhaitons le présenter au public. Certains films ont des réalisateurs et acteurs connus sur lesquels nous voulons mettre l’accent, tandis que d’autres – comme par exemple les films dans la section Pix Politics – bénéficient plus d’une contextualisation autour des questions de sociétés.  

 

> Pensez-vous que réaliser des films est une bonne manière d’être militant ? Est-ce seulement à travers les films documentaires ou bien les films de fiction peuvent être militant également ?

 

Je pense que le film en tant que medium est un très bon moyen pour permettre aux gens de se rendre compte d’un sujet qui nous tient à cœur, que cela soit du documentaire ou de la fiction. Le plus important n’est pas le format dans lequel on raconte l’histoire, mais plutôt de trouver la forme qui met le mieux en avant nos intentions en tant que militant. Je pense que beaucoup de très bons films réussissent à la fois à dire une histoire incroyable et à susciter une prise de conscience sur un sujet choisi. Je pense que le film est un outil extrêmement puissant et l’utiliser est un bon moyen de toucher beaucoup de monde en même temps. Mais l’essentiel est de prendre son public au sérieux afin de transmettre au mieux son message.

 

> La selection française contient cette année le documentaire « Un pays qui se tient sage », qui parle des manifestations en France. Pensez-vous que les documentaires français sont généralement très militants ?

 

Pas à ma connaissance. Un Pays qui se tient sage montre la violence intolérable des dernières années en France et se concentre spécifiquement sur le mouvement des Gilets Jaunes, mais la confrontation entre les manifestants et les forces de l’ordre est quelque chose auquel beaucoup de monde peut s’identifier, dans de nombreux pays. Nous pensons que le contenu de ce documentaire parle à une audience large, indépendamment de leur nationalité. Ayant fait la programmation pour Oslo Pix, Arab Film Days et Films from the South ces quelques dernières années, je peux dire sans risque que l’on trouve des documentaires très similaires venant de différents pays.

 

 

> Le film Slalom reprend l’actualité en parlant du harcèlement dans le milieu du sport en France. Est-ce un sujet sensible en Norvège ?

 

Je pense que Slalom – l’excellent film de Charlène Favier – a un thème très délicat, en tournant autour des sujets d’agressions sexuelles et l’abus de pouvoir. Il n’y a aucun doute sur le fait que ce qu’endure le personnage principal est injuste, et c’est quelque chose avec lequel le public est d’accord et sait reconnaitre généralement. Mais je pense que l’accent mis ces dernières années sur le harcèlement sexuel et les violences sexuelles grâce à #metoo nous a rendu plus conscient des dynamiques de pouvoirs qui se trouvent derrière ces agressions. Le fait d’analyser comment ces relations destructrices commencent et comment elles se développent à travers le temps, ce qui est très visible dans le film, rend le film et son sujet très sensible en Norvège et à l’étranger, mais également très important pour comprendre les auteurs de violence et leurs victimes.

 

> Vous programmez également des films pour la jeunesse, comme Calamity. Que recherchez-vous dans les films choisis pour la section jeunesse ?

 

Créer un programme pour un public jeune est toujours très difficile et c’est quelque chose que l’Agence pour les Festivals prend très au sérieux dans tous ses festivals. Lorsque nous créons un festival, on cherche la qualité qu’importe l’âge et nous savons que le public jeune est aussi exigeant que le public adulte. Un des problèmes principaux que nous rencontrons en programmant pour les enfants est la langue, et lorsque nous programmons le festival, nous cherchons souvent des films doublés en norvégien et/ou avec des sous-titres. Heureusement, il y a de nombreux distributeurs norvégiens qui achètent des films pour enfants à l’étranger et mettent les moyens pour ajuster les voix et les sous-titres – comme avec Calamity, distributé par Arthaus.

 

> Comment pensez-vous que l’industrie du cinéma va évoluer avec la pandémie actuelle ?

 

Je pense que l’industrie du cinéma a énormément changé cette dernière année durant la pandémie, mais il est trop tôt pour dire si ces changements seront permanents. Ce que l’on sait, c’est qu’une partie des changements structurels que nous avons pu voir en 2020/2021 étaient déjà en cours avant cela. Mais la pandémie a fait évoluer ces changements plus rapidement que prévus. Je pense, et j’espère très sincèrement, que les gens continueront d’aller voir des films au cinéma dans les années à venir, mais je pense que le public attend de plus en plus de contenus additionnels autour des projections – un débat, un invité, un concert – ce qui m’amène à penser que les festivals auront un rôle important à jouer pour assurer la venue du public au cinéma afin de voir un film sur grand écran, alors qu’ils pourraient facilement le voir chez eux.

 

 

Retrouvez le festival Oslo Pix du 31 mai au 6 juin sur leur site internet et en salle!