Les Piñatas est une association fondée par 2 artistes: Madeline Wood et Léa Machado. Toutes les deux plasticiennes diplômées de l’École Supérieure d’Art et de Design de Valenciennes, elles ont lancé ce projet en 2016. Désormais en lien avec le collectif Pamflett, elles vont se rendre à Bergen en 2021 pour une collaboration lors de la Bergen Art Book Fair.

 

Nous avons échangé avec elles en amont de leur venue:

 

> Madeline Wood et Léa Machado, vous avez toutes les deux fondés l’association Les Piñatas en 2016. Comment décririez-vous les Piñatas en 3 mots ?

Collectif – Transmission – Bienveillance

 

> Qu’est ce qui vous a donné l’envie de créer les Piñatas ?

Nous voulions créer un laboratoire d’expérimentation artistique, un espace dans lequel les pratiques ne se cloisonneraient pas mais pourraient se rencontrer de manière simple, joyeuse et collective. Nous venions tout juste de finir nos études aux Beaux Arts et Les Piñatas nous a permis de nous fédérer avec d’autres artistes aux pratiques très différentes mais très complémentaires, nous grandissons ensemble.

 

> Vous avez pour but de développer des projets culturels, notamment autour de la micro-édition. La micro-édition, c’est quoi pour vous ?

La micro-édition est un formidable moyen de s’approprier l’objet livre, en particulier si vous n’avez pas d’affinités avec le l’édition traditionnelle ou la lecture, c’est une pratique qui porte en elle un spectre très large allant du “do it yourself” le plus simple aux éditions faites main les plus raffinées. En tant qu’artistes plasticiennes, la micro-édition nous a permis de produire des pièces de manière collective et rapide et de le diffuser au lecteurices directement dans un premier temps, puis, rapidement nous avons pu transmettre les savoirs accumulés par le biais d’ateliers et workshop dans les écoles, médiathèques, festivals, centres sociaux, etc.

 

> La micro-édition est-elle seulement un médium artistique ou peut-elle aussi être un objet militant ?

Elle est les deux, sans distinction et de la manière la plus poreuse qu’il soit. Nous voulons donner les clefs à tous.tes celleux qui le souhaitent pour fabriquer, mettre en forme et en mots leurs projets, c’est une manière de militer. Que l’on soit artiste ou pas, s’approprier un objet aussi connoté que le livre n’est pas anodin, c’est reprendre le pouvoir sur sa propre narration, c’est aussi court-circuiter la chaîne traditionnelle et parfois très verrouillée de l’édition “classique”. Depuis le lancement de l’association nous avons également très à cœur de proposer des techniques peu coûteuses, reproductibles chez soi, car il s’agit bien ici d’allumer une flamme et pas de faire goûter sans possibilité de reproduire l’expérience par la suite.

 

 

> Étant basées à Lille, comment cherchez-vous à aider et accompagner les artistes locaux ?

Au sein des Piñatas nous avons à coeur de fédérer un groupe d’artistes solide et solidaire, nous partageons et mutualisons les savoirs au sein de l’association ainsi que le matériel, nous proposons des collaborations entre artistes, des expositions, salons, ateliers, journées d’études, concert dessinés, etc. Il s’agit pour nous de créer un espace bienveillant dans lequel chacun.e se sent libre de tenter, voire même d’échouer.

 

> Pourquoi avez-vous choisi de venir en Norvège pour votre nouveau projet ? Est-ce qu’avoir une dimension internationale est important pour Les Piñatas ?

Nous avons découvert le travail du collectif Pamflett qui organise la Bergen Art Book Fair et rapidement l’envie est apparue de créer des ponts entre leur festival et notre festival Microscopies, ainsi qu’entre nos deux collectifs. Nos manières de travailler sont très similaires, cette ouverture vers l’international est très enrichissante, elle nous permet de découvrir d’autres façon de travailler, de faire collectif et de partager ensemble nos savoirs et pratiques artistiques.

 

> Comment la crise sanitaire actuelle a-t-elle changé votre rapport à la micro-édition et de manière plus générale votre travail ?

Notre manière de travailler a été bousculée, notamment dans l’écriture de notre dernière édition Survivre à la balade car nous avons dû finir de la co-écrire à distance les unes des autres, nous avons souhaité que cette manière de travailler par correspondance soit visible dans notre édition ce qui donne une couleur particulière et singulière à ce projet. Le temps de production est devenu également beaucoup plus étiré. Nous avons aussi dû reporter un pan entier de notre festival Microscopies. Cette crise renforce d’autant plus notre envie de créer un maillage de solidarité solide, de diffuser le savoir, de mutualiser les outils, de s’appuyer sur le collectif pour être plus solides ensemble.

Photographie: ©Luna Lambert, ©Aurélie Kabul