Le gouvernement norvégien a annoncé un financement de 3 millions de couronnes norvégiennes (300 000 €) pour la recherche Arctique à travers le programme GoNorth. Ce projet coordonné par SINTEF réunit 13 organismes de recherche norvégiens[1] et permettra d’organiser des expéditions pour développer la connaissance de l’Océan Arctique.

L’objectif du projet GoNorth est de repositionner la recherche norvégienne dans les recherches sur l’Océan Arctique. Pour cela plusieurs expéditions vont être menées dans l’Océan Arctique afin d’étudier la géologie de cet espace sous-marin et de recueillir des données sur les eaux polaires. Des coopérations avec des équipes allemandes (Alfred Wegner Institute, Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffeet), suédoises (The Swedish Polar Research Secretariat, University of Stockholm), danoises (University of Copenhaguen, Geological Survey of Denmark and Greenland) et polonaise (Académie des sciences) sont déjà prévues dans ce cadre. Les équipes allemandes et suédoises disposent actuellement des brise-glaces les plus performants (Polarsten et Oden) que GoNorth souhaite mobiliser.

 

Histoire du projet

L’origine du projet remonte à 2010 ; suite à la publication des recommandations de l’ONU définissant la zone de souveraineté norvégienne sur le plateau océanique arctique, des chercheurs du Centre Universitaire du Svalbard ont constaté le manque de connaissance de ces régions. Le projet s’inscrit plus largement dans le cadre du Livre Blanc sur les Océans (2016) du gouvernement norvégien qui désigne l’Arctique comme un domaine de priorité d’action. Or la recherche sur l’Océan Arctique n’était plus une priorité depuis plusieurs années en Norvège a indiqué Gunner Sand, coordinateur du projet[2]. GoNorth symbolise le réengagement de la Norvège dans la recherche sur l’Océan Arctique. Un premier consortium de scientifiques a donc été formé en 2016, soutenu par le Ministère des Affaires Etrangères, afin de définir un pré-projet. Au début de l’année 2020, la phase principale du projet débute, soutenue par le gouvernement à hauteur de 3 millions de couronnes.

Carte de l’Océan Arctique (source : International Bathymetric Chart of the Arctic Ocean – IBCAO)

 

Objectifs scientifiques

Le projet comporte six volets[3] dont trois centrés sur l’étude de la géologie de l’Océan Arctique qui constituent le cœur du projet. La phase de pré-projet a permis de déterminer trois autres volets consacrés aux écosystèmes, à l’adaptation des technologies et aux enjeux géopolitiques de la recherche arctique.

Le premier objectif du GoNorth est une meilleure connaissance des caractéristiques géologiques de l’Océan Arctique. Celles-ci sont encore mal connues et Go North vise en particulier à répondre à trois questions. La première concerne la marge continentale au Nord de l’archipel du Svalbard, celle-ci est particulièrement étroite, les scientifiques cherchent à en déterminer la raison. La deuxième question concerne l’activité hydrothermale de la dorsale de Gakkel, le rift situé au Nord du Svalbard et à l’origine de l’extension de l’Océan Arctique dans sa partie eurasienne. L’activité hydrothermale est particulièrement importante alors que le rift s’ouvre à une vitesse faible, il s’agit de comprendre pourquoi. Le projet vise donc à produire une étude approfondie du système tectonique autour des dorsales de Gakkel et de Lomonosov. Enfin le dernier enjeu est de reconstituer les évolutions climatiques et géologiques de cette région depuis 65 millions d’années afin de mieux comprendre les mécanismes du changement climatique dans l’Arctique.

Avec la confirmation du programme, de nouveaux objectifs ont été ajoutés. Une partie du projet sera ainsi consacrée à l’étude des écosystèmes de la colonne d’eau, c’est-à-dire aux différentes profondeurs marines. En effet si la recherche sur le changement climatique en Arctique est développée, les processus biologiques et physiques sous la banquise sont encore peu étudiés.  Pour cela des mesures de température, d’acidité, de niveau de l’eau et de son seront effectuées sur l’ensemble de la colonne, le processus est répété sur un itinéraire défini pour obtenir des profils complets. Une étude approfondie de la banquise sera aussi menée. L’étude portera sur l’épaisseur de la banquise pour compléter les données satellites disponibles et sur les interactions entre les principaux courants de l’Océan Arctique. L’objectif de ce volet est de comprendre les interactions entre la biodiversité marines et les conditions environnementales.

Un autre pan du projet concerne l’adaptation des moyens techniques aux conditions arctiques. GoNorth mobilisera des moyens techniques maritimes, sous-marins et robotisés dans des conditions de température exigeantes. Cette expérience permettra de recueillir des données sur leur utilisation ainsi que de définir des procédures d’essai et des méthodologies d’utilisation pour ces technologies.

Enfin, un dernier axe de recherche couvrira l’étude géopolitique des interactions entre science et politique dans l’Arctique. Le Norwegian Institute of International Affairs (NUPI) étudiera en particulier la recherche comme source de puissance, la perception des efforts scientifiques et politiques norvégiens par les pays tiers et plus généralement les enjeux de gouvernance dans l’interface science-politique.

 

Trois expéditions sont déjà prévues dont deux en partenariat avec la Suède et l’Allemagne qui disposent des brise-glaces scientifiques les plus performants.

 

Publié le 25 mars 2020 à 11h

Léa Dubreuil, Pôle scientifique et universtaire, Institut français de Norvège

[1]                    The Arctic University of Norway, University of Bergen, Université of Oslo, University center in Svalbard, Norvegian University of Science and technology, Akvaplana-niva, Geological Survey of Norway, Nansen Environment and Remote Sensing Center, NORCE, NORSAR, Norwegian Institute of International Affairs, Norwegian Polar Institute, SINTEF

[2]                    NGU (2017). “Seeking greater investment in the Arctic Ocean” https://www.ngu.no/en/news/seeking-greater-investment-arctic-ocean

[3]                    SINTEF, GoNorth, « Work Packages » https://www.sintef.no/projectweb/gonorth/work-packages/