Pendant la pandémie de COVID-19, nous vous proposons de suivre ici l’actualité scientifique & universitaire liée au virus en Norvège.

Arctique – dernière mise à jour: 1 avril 2020

24 mars 2020

Le coronavirus a aussi un impact sur l’expédition MOSAiC une initiative scientifique allemande en Arctique à laquelle participent vingt pays dont la France et la Norvège. Plusieurs vols d’avions scientifiques entre l’archipel norvégien du Svalbard et le brise-glace Polarstern ont été annulés après la contamination d’un membre de l’équipe de vol. Cinq chercheurs français sont actuellement à bord du Polarstern. Plus d’informations ici

1 avril 2020

Après trois semaines de navigation à bord du brise-glace russe Kapitan Dranitsyn, le groupe de scientifiques ayant achevé sa mission comme prévu à bord du Polarstern est arrivé hier à Tromsø. Les autorités norvégiennes ont accordé une dérogation aux restrictions d’entrée sur le territoire instaurées dans le cadre de l’épidémie et ont autorisé le départ d’un vol charter pour Brême, en Allemagne, d’où les chercheurs rejoindront ensuite leur pays d’origine. La direction de l’expédition MOSAiC étudie actuellement d’autres moyens de réaliser la prochaine relève d’équipage initialement prévue en avril, notamment en utilisant un autre brise-glace ou en devançant une mission de réapprovisionnement prévue en juin avec le brise-glace suédois Oden. Plus d’informations ici.

 

Médecine – Technologie – dernière mise à jour: 2 avril 2020

2 avril 2020

Une équipe initiée par un étudiant et un chercheur de l’université NTNU à Gjøvik a conçu par imprimante 3D un écran de protection faciale spécialement pour les professionnels de santé. Grâce à la mobilisation de 45 imprimantes 3D, entre 200 et 250 masques-écrans pourront être fournis par jour aux hôpitaux demandeurs. Plus d’informations ici.

1 avril 2020

Le gouvernement norvégien a annoncé la production de 1000 ventilateurs artificiels d’urgence, susceptibles de compléter les capacités des hôpitaux norvégiens dans ce type d’équipements. Lancé en un temps record, ce projet est le fruit d’un entrepreneur du secteur pétrolier à Stavanger. Il a pu être mis en œuvre grâce au soutien du Centre de recherches du ministère de la défense. Le produit a été évalué et recommandé par des experts cliniques des hôpitaux d’Oslo et de Stavanger. « C’est une très bonne nouvelle », s’est félicitée la Première Ministre norvégienne Erna Solberg, « nous savons que dans les prochains mois la Norvège sera confrontée à un pic du nombre de patients atteints du CoVid19 ». Le Ministre de la santé a précisé que la commande allait aussi permettre d’envisager l’export des nouveaux ventilateurs à l’international.

24 mars 2020

La start-up norvégienne EpiGuard, qui produit des lits d’hôpitaux EpiShuttle permettant d’isoler et transporter les malades contagieux, a vu ses commandes augmenter de plus de 18 fois leur volume habituel ces deux dernières semaines. Ce dispositif technologique créé pour faire face aux épidémies permet de protéger les soignants ainsi que la population générale lors du transports des patients. Il permet également aux soignant d’être plus efficaces, libérés de leur propre équipement de protection, et de transporter les patients par hélicoptère sans risquer de contaminer l’équipage et les patients suivants. Plus d’informations ici.

Photo : EkerDesign, photo non contractuelle.

Recherche sur les traitements, vaccins & tests – dernière mise à jour: 31 mars 2020

31 mars 2020

Une équipe de chercheurs de l’université NTNU a mis au point un nouveau test de dépistage du virus CoVid19 (information en norvégien ici) . Élaborée en l’espace d’une semaine, cette nouvelle méthode permettra d’augmenter les capacités de test jusqu’alors limitées à l’hôpital St Olav de Trondheim. Le directeur général de l’Autorité de santé régionale du centre de la Norvège considère que la méthode élaborée par les chercheurs de NTNU développe une meilleure sensibilité que les tests commerciaux.

31 mars 2020

Selon Sven Even Borgos, chercheur en nanopharmacie à SINTEF, si la mise au point d’un vaccin pourra être accélérée grâce au génie génétique basé sur l’ARN messager, sa production en grandes quantités reste entre les mains de seulement quelques grandes entreprises pharmaceutiques (US, Allemagne) ; c’est, selon lui, une situation préoccupante pour les politiques publiques de santé. Afin que les avancées prometteuses de la recherche vaccinale à base d’ARN messager ne contribuent pas à accroître les inégalités entre les pays riches et les pays en voie de développement, il appelle les pouvoirs publics, tant norvégiens qu’au niveau international, à investir massivement dans cette nouvelle technologie. Plus d’informations ici.

Sven Even Borgos participe au projet européen H2020 EXPERT « Off-the-shelf mRNA nanomedicine », qui fédère 10 pays, dont la France à travers la société lorraine CyberNano.

27 mars 2020

Dans le cadre de l’essai clinique international coordonné par l’OMS, les molécules l’hydroxychloroquine et le Remdesivir sont en cours d’essai à l’hôpital universitaire d’Oslo ainsi que dans d’autres établissements hospitaliers du pays. L’étude est ouverte à tous les adultes hospitalisés disposant d’un test positif au Covid-19 et se composera dans un premier temps de deux groupes tirés aléatoirement : un groupe témoin et un groupe sous hydroxychloroquine, un troisième groupe sour Remdesivir pourra être ajouté.

Dans un communiqué officiel, le gouvernement norvégien se félicite de la participation de la Norvège à l’essai clinique mis en oeuvre à l’échelle mondiale par l’OMS, sous la coordination générale du norvégien John-Arne Røttingen. John-Arne Røttingen assure la direction générale du Conseil norvégien depuis 2017. Formé à l’université d’Oslo, puis Oxford et Harvard, il a occupé plusieurs postes de direction dans des instances de santé tant norvégiennes qu’internationales. Il est notamment reconnu pour sa gestion de la réponse internationale à l’épidémie de virus Ebola.

John-Arne Røttingen, DG du CNR et coordinateur de l’essai clinique mondial mis en oeuvre par l’OMS sur le Covid19

« C’est une grande reconnaissance pour la recherche norvégienne et le système de santé norvégien que de prendre part à cette importante initiative » a déclaré la première ministre Erna Solberg.

Vingt-deux hôpitaux norvégiens participeront à l’essai clinique. Essentiellement deux traitements seront testés: l’hydroxychloroquine-plaquenil, utilisé dans le traitement du paludisme, et le Remdesivir, utilisé initialement pour combattre le virus Ebola. L’effort financier engagé pour mener à bien cette étude s’élève à 20 millions de couronnes norvégiennes (1,7 M€); il est assuré collectivement par les agences de santé régionales du pays.

26 mars 2020

Au cours d’un webinar organisé le 26 mars 2020 par l’Université d’Oslo, deux chercheuses (Gunnveig Grødeland et Inger Sandlie) ont présenté les principaux enjeux de la recherche scientifique développée pour combattre l’épidémie de coronavirus.

Concernant les stratégies de traitement, trois études très récentes sur la chloroquine et le Remdesivir ont été citées comme références: une étude française de l’université d’Aix Marseille, une étude américaine et une étude chinoise

Concernant la détection du CoVid19, le professeur Fridtjof Lund-Johansen de l’hôpital universitaire d’Oslo a appelé les autorités norvégiennes à favoriser la détection de l’immunité au virus (tests sérologiques), plus facile et moins coûteuse à mettre en œuvre que la détection de l’infection elle-même. Cette solution éviterait la pénurie de tests PCR en temps réel, tout en garantissant la production de réactifs au niveau local, selon un procédé en cours de publication par une équipe américaine.

Enfin, Inger Sandlie a évoqué le traitement par anticorps développé par la firme américaine Vir Biotechnology, laquelle a annoncé que des essais cliniques pourraient être entrepris d’ici trois à cinq mois.

Les deux chercheuses ont souligné que les efforts de recherche sur le coronavirus doivent être envisagés non seulement pour combattre la pandémie actuelle mais aussi pour se préparer à d’autres pandémies qui ne manqueront pas de se produire dans le futur.

Universitaire

Le 26 mars dernier le ministre norvégien de l’éducation et de la recherche, M. Henrik Asheim, a annoncé un ensemble de mesures destinées à soutenir les étudiants mis en difficulté par la perte d’un emploi à temps partiel du fait de l’épidémie. Ces mesures comprennent pour l’essentiel le versement anticipé du solde de prêt pour l’année en cours (environ 2400€/étudiant) et la possibilité de souscrire un nouveau prêt à hauteur de 26000 NOK (2300€) auprès de la caisse de prêt étudiante (Lånekassen), moyennant un report de la date limite de dépôt de dossier au 15 avril.

Une seconde série de mesures visant à soutenir les étudiants internationaux en Norvège et à l’étranger devrait être annoncée au début du mois d’avril.

 

Santé – Epidémiologie et ICT

30 mars 2020

Un des enjeux de l’épidémie actuelle et d’avoir une vision réaliste du nombre de cas de coronavirus dans le pays. Pour cela la Direction norvégienne de la Santé a mis à disposition un formulaire permettant à la population de déclarer ses symptômes. Dès le 23 mars, plus de 24 000 personnes avaient déclaré des symptômes pouvant correspondre au Covid-19 alors que le nombre de personnes testées positives était de 2371.

Le formulaire est accessible à partir d’un espace personnel du système de santé norvégien et recueille plusieurs types de données. Concernant les données personnelles, la date de naissance et le code postal sont recueillis. Le malade doit ensuite déclarer ses symptômes, leur date d’apparition, ses éventuelles autres pathologies et s’il a déjà contacté un médecin. Il est précisé que les données anonymisées pourront être utilisées dans le cadre de travaux de recherche sur le coronavirus.

Une autre application mobile destinée à suivre la diffusion de l’épidémie par les données mobiles est en cours de développement par le laboratoire de recherche Simula en partenariat avec la Direction de la santé. L’application utilisera les données GPS et Bluetooth du téléphone et permettra lorsqu’une personne est testée positive de retracer ses déplacements et d’informer les personnes avec qui elle a été en contact. Pour assurer la sécurité de l’application, toutes les données enregistrées seront cryptées et supprimées après un délai de 30 jours. De plus l’application sera utilisée seulement pour recueillir les données GPS et Bluetooth et ne collectera pas de données médicales, la prise de contact par les services de santé se fera par SMS.

25 mars 2020

Les autorités norvégiennes envisagent d’avoir recours à une application smartphone pour suivre le déplacement des citoyens, et ce faisant identifier les contacts éventuels avec une personne infectée. L’Agence de santé norvégienne, qui exploiterait ces données, collabore avec l’agence Simula (équivalent norvégien de l’INRIA en France) pour développer l’application. Plus d’informations ici.

 

 

Analyse sur la progression de l’épidémie en Norvège

27 mars 2020

Avec seulement 14 décès pour 3300 cas de contamination recensés au 26 mars, et un taux de dépistage le plus élevé au monde, la Norvège est le pays où le taux de mortalité dû au CoVid19 est le plus faible. Selon Didrik Vestrheim, consultant au Norwegian Institute of Public Health, cette situation s’explique en partie par le fait que la Norvège a abondamment testé sa population, avec plus de 8000 tests par million d’habitants au 20 mars 2020 (6150 par million en Corée du Sud). Selon le professeur Dag Berild, spécialiste en médecine infectieuse à l’université d’Oslo, il est possible que le faible taux de mortalité en Norvège soit aussi associé à une meilleure résistance bactérienne aux antibiotiques dans les hôpitaux du pays, par rapport à l’Italie ou l’Espagne. M. Vestrheim souligne toutefois qu’à ce jour le taux de mortalité en Norvège peut encore évoluer défavorablement. Plus d’informations ici.

 

Economie

25 mars 2020

Un professeur d’économie sociale de l’Université d’Oslo, spécialiste du modèle économique nordique, analyse les capacités de résilience de la Norvège face à la crise du coronavirus. Avant l’annonce des mesures de sauvegarde de l’économie du pays, il a proposé, avec l’ex PDG du groupe Schibsted, qu’une indemnisation de 10000 NOK (environ 1000€) soit versée à tous les citoyens norvégiens. Selon lui, la crise du coronavirus relancera le débat sur le revenu universel en Norvège. Plus d’informations ici.

 

Histoire des pandémies

26 mars 2020

Dans un article publié sur le site de l’université de Bergen, le professeur Magnus Vollset, spécialiste en histoire de la médecine et de la santé, dresse une comparaison entre l’épidémie de coronavirus et celles de la grippe espagnole (1918-1920) et de la tuberculose (1895-1955), respectivement à l’origine de 15 000 et 250 000 décès en Norvège. Si les taux de mortalité de le grippe espagnole et du coronavirus semblent comparables en Norvège, les épidémies diffèrent par leur spectre de vulnérabilité de la population: le virus de la grippe espagnole n’épargnait pas les jeunes, contrairement au CoVid19. Classé deuxième pays au monde par sa densité de médecins (44 médecins pour 10 000 habitants contre 4 il y a cent ans), la Norvège est aujourd’hui mieux préparée pour combattre l’épidémie.

Autoportrait d’Edvard Munch contaminé par la grippe espagnole (1919)